Le Grunge, pourquoi et comment ?

Qu’est-ce qui a bien pu  faire que le Grunge aie trouvé un tel écho dans le monde ? Ou comment un mouvement de « ploucs » de Seattle a pu prendre une ampleur mondiale et influencer durablement les musiques actuelles ? Ces questions, que de nombreux musiciens de France et de Navarre (surtout de Navarre d’ailleurs) se posent, ne sont pas sans réponses. D’ailleurs, il y a eu quelques soubresauts depuis qui, s’ils ont certes moins bien marché, ont marché quand même ! Voici en quelques points, les fondements de la réussite du mouvement Grunge :

1- Un véritable projet :

Le grunge est avant tout un projet : celui de réunir les talents d’une scène locale moribonde. Cela a été porté par le label indépendant Sub Pop dont les deux hémisphères sont Bruce Pavitt et Johnatan Poneman. Cela n’a l’air de rien, mais Sub Pop était, déjà à l’époque, un vrai label… De ceux qui, s’il laissent une liberté artistique aux musiciens, ne leur laissent pas du tout les clés du camion. Ainsi, chez Sub Pop, on ne choisit pas son studio, on ne choisit pas son visuel… C’est le label qui choisit. Pourquoi ? Car le projet va au-delà des personnes et des groupes et que la cohérence est essentielle.

2- Une identité musicale :

Seattle fut dès les années soixante un lieu avec une richesse rock importante autour des styles hard-core, new wave et gothique. Mais en 1984, tout cela s’est essoufflé et la ville est soigneusement évitée lors des tournées de groupes extérieurs. Le vide laissé par les gros groupes, a laissé la place aux groupes indépendants, monstres scéniques venus d’ailleurs, tels que Big Black, Black Flag ou encore The Butthole Surfers. Cette nouvelle vague venue du sud enflamma les amateurs frustrés et lança une ambiance et une tension dans les concerts dans les caves et squats du centre ville. Tout ceci créant une ambiance, un esprit, un style que les musiciens locaux, tous amis et solidaires, se sont appropriés et ont dépassés.

3- Une identité sonore :

Sub Pop a longtemps imposé un studio de Seattle et un producteur : Reciprokal Studios et Jack Endino. Le matériel, disons-le, sommaire a créé le son propre (mais pas propre) au grunge… De même que la patte de Jack Endino, raide et puissante a donné cette énergie crasseuse aux enregistrements. En fait, Endino faisant partie du mouvement, il n’a pas cherché à créer un son toujours plus propre, mais plus simplement à témoigner de ce qu’il se passait à Seattle à cette période à travers le son… Toujours la fameuse cohérence…

4- Une identité visuelle :

Comme dit plus haut, Sub Pop ne laissait pas aux groupes le choix de leur visuel. Il faisaient appel pour les illustrations à Charles Peterson, un mec du coin qui avait préféré la photo à la guitare… Encore quelqu’un qui faisait partie intégrante du mouvement et qui voulait témoigner plutôt que se mettre en avant. Car Peterson était de tous les concerts, au premier rang comme pour montrer ce que voyait le public. Matériel cassé lors de pogos enflammés, bières renversées… La réalité immortalisée sur pellicule, voilà quel fut l’objectif de Peterson. Peu de photos studio, surtout des photos live !

5- Des groupes talentueux, un état d’esprit et un fer de lance :

Bien entendu, Seattle et le Grunge n’auraient pas existé sans la présence de musiciens talentueux (mais pas forcément plus que dans d’autres villes). Il aura fallu que Nirvana explose avec son approche plus pop d’un punk sombre et décalé, pour que le Grunge devienne un mouvement mondial, mais il ne faut pas oublier tous les autres groupes talentueux du coin qui ont forgé le mouvement : Screaming Trees, TAD, the Fastbacks, Mudhoney, Feast… (Nous en reparlerons plus tard…) Il est important de noter que ces musiciens ne cherchaient pas la gloire (même locale), ni à révolutionner quoi que ce soit, mais simplement à exister musicalement entre le début et la fin du concert. Une sincérité à toute épreuve !

Finalement, de ces quelques éléments simples est né un mouvement, véritable raz-de-marée mondial qui a influencé absolument toute notre culture (le look grunge est devenu un indémodable, c’est dire !) Quelques autres mouvement sont nés, même en France, sur des fondements assez similaires. Et bien qu’ils aient eu moins de succès le mérite n’en est pas moins grand (surtout en France). On notera par exemple le label Kütu Folk qui a instauré une véritable esthétique au Folk en France au point d’être invité au Transmusicales de Rennes pour une résidence. Bref, si le Grunge est maintenant loin, l’histoire peut encore se répéter…

Sur Twitter : Ro_Meow

Laisser un commentaire